« Double »


Elie Wiesel

La Nuit 

Nouvelle édition
Préface d’Elie Wiesel, avant-propos de François Mauriac


2007
Collection double , 192 p.
ISBN : 9782707319920
7.50 €
* Première publication aux Éditions de Minuit en 1958.


Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était un adolescent lorsqu'en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau.

La Nuit est le récit des souvenirs qu'Elie Wiesel conserve de la séparation d'avec sa mère et sa petite sœur qu'il ne reverra plus jamais et du camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures… et la honte de perdre sa dignité d'homme quand il ne répondra pas à son père mourant.

 La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983 est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j'ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d'Isaac, le thème fondateur de l'histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L'expérience de notre génération est, à l'inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l'histoire de cette expérience. 

Cet ouvrage est paru en 1958 aux éditions de Minuit et c'est le premier ouvrage d'Elie Wiesel qui est, depuis, l'auteur de plus de quarante œuvres de fiction et non-fiction. Prix Nobel de la paix en 1986, il est titulaire d'une chaire à l'université de Boston.

La Nuit a fait l'objet d'une nouvelle traduction aux États-Unis, en janvier 2006, avec une préface d'Elie Wiesel, et cette édition connaît un succès considérable.

Petite histoire de l’édition de La Nuit

Fin 1956, François Mauriac écrit à Jérôme Lindon : Voici le livre de "l'enfant juif". Je vous le recommande chaudement.
Le 19 décembre 1956, Jérôme Lindon envoie une lettre à Elie Wiesel pour lui exprimer son enthousiasme après la lecture du texte qui est alors intitulé Et le monde se taisait. Le 22 décembre Elie Wiesel répond à Jérôme Lindon qu'il lui donne toute latitude pour effectuer les corrections de détail que ce dernier demande. Le 2 janvier 1957, après une nouvelle lecture du texte, Jérôme Lindon fait savoir à Elie Wiesel qu'il considère son ouvrage comme un document capital même s'il n'apporte pas ce que les journaux appellent des révélations sensationnelles. Comme éditeur, ajoute-t-il, je désire donner à ces pages la plus grande publicité.
S'ensuit toute une correspondance sur la commercialisation du livre. Puis, Jérôme Lindon se met au travail et François Mauriac décide qu'il écrira la préface de l'ouvrage.
En avril 1957 commence à se poser la question du titre. Jérôme Lindon propose Un an de mon enfance, titre sous lequel le contrat sera signé en novembre 1957. C'est le début d'une longue liste à laquelle Elle Wiesel et François Mauriac donnent chacun leur avis jusqu'à ce que tout le monde s'accorde sur La Nuit en mai 1958.
Le 13 mars 1958, Elie Wiesel relisant ses épreuves propose que l'on sorte le livre le 11 avril, date de la libération de Buchenwald en même temps qu'il félicite Jérôme Lindon : "Oui, ce livre vous exprime autant qu'il m'exprime, moi. La voix est la mienne. Mais l'ingénieur du son, c'est vous."
À la suite d'un malentendu - François Mauriac quitte Paris avec l'unique version corrigée de La Nuit - la publication est repoussée à juin 1958. Elle intéresse rapidement des éditeurs à l'étranger et, notamment aux États-Unis...

 "Ce que j'affirme, c'est que ce témoignage qui vient après tant d'autres et qui décrit une abomination dont nous pourrions croire que plus rien ne nous demeure inconnu, est cependant différent, singulier, unique... L'enfant qui nous raconte ici son histoire était un élu de Dieu. Il ne vivait, depuis l’éveil de sa conscience, que pour Dieu, nourri du Talmud, ambitieux d’être initié à la Kabbale, voué à l’Eternel. Avions-nous jamais pensé à cette conséquence d’une horreur moins visible, moins frappante que d’autres abominations, – la pire de toutes, pourtant, pour nous qui possédons la foi : la mort de Dieu dans cette âme d’enfant qui découvre d’un seul coup le mal absolu ?"
François Mauriac

ISBN
PDF : 9782707337191
ePub : 9782707337184

Prix : 7.49 €

En savoir plus

Roger-Pol Droit, Le Monde, 2 février 2007

Il est passé en quelques heures d’une vie paisible à l’enfer. C’était un homme tout jeune, juste 16 ans. Un juif pieux, constamment en train d’étudier, de prier, de méditer, toujours prêt à écouter un vieux maître ou à aider son père, à qui tout le village demandait souvent conseil. Le village se nommait Sighet, en Transylvanie, un de ces lieux où vivaient hier des tas de gens qui parlaient yiddish, allaient à la synagogue et faisaient shabbath, et où aujourd’hui tout a disparu. Parce qu’un jour, à Sighet comme dans d’innombrables endroits d’Europe centrale, tous ont été parqués, déportés, emmenés là où l’humain devait disparaître.
Lui ne comprenait pas. Qui d’ailleurs pourrait comprendre ? Wagons à bestiaux, destination inconnue. Un des hommes du village n’avait cessé de vouloir les mettre en garde. Personne ne l’avait cru. Tout était si paisible. Et à qui donc avaient-ils fait le moindre mal ? Les heures suivantes sont hors du temps. Il voit pour la dernière fois sa mère et sa jeune sœur Tzipora sur un quai qui ne mène nulle part, hommes d’un côté femmes de l’autre. Il se retrouve nu, douché, battu, transi, terrifié, face à des flammes où l’on jette des enfants vivants. Il n’a fallu qu’une nuit, à la montre. Mais dans la tête et le corps une dévastation déjà sans fin.  Nous étions des arbres desséchés au cœur d’un désert.  Ce jeune homme s’appelait Elie Wiesel.
Il a connu, en 1944 et 1945, Auschwitz, Birkenau, le camp de Buna, la survie insensible sous les coups quotidiens, les combats d’instant en instant contre la faim, le froid, le désespoir, la vermine. Il a su la révolte contre le silence de Dieu, traversé l’épopée effarante de la sortie du camp avant l’arrivée des Alliés, contemplé de loin la mort de son père au seuil de la délivrance, enduré la découverte de l’inhumain partout, au risque de le côtoyer aussi en soi-même.
Son premier livre, La Nuit, s’est efforcé de dire. Il reparaît aujourd’hui, avec une préface inédite, quarante-neuf ans après sa première édition, en 1958. Le destin de cette œuvre n’est pas moins étrange que celui du jeune homme devenu un grand écrivain, Prix Nobel de la paix, professeur à Boston, auteur d’une quarantaine de romans et d’essais. Personne, il y a un demi-siècle, ne voulut d’abord publier ce texte. On le jugeait morbide. La page était déjà tournée. Qui donc s’intéressait à ces histoires ? Malgré l’intervention personnelle et assidue du grand Mauriac, aucun éditeur français ou anglais ne voulait courir le risque. Jérôme Lindon, lui, finit par l’accepter aux Editions de Minuit. Peu de personnes pourtant, encore moins de critiques, remarquèrent le livre à l’époque.
François Mauriac, qui savait lire, parle dans son avant-propos d’une œuvre  à laquelle aucune (…) ne saurait être comparée . On peut le dire encore. Car ce récit tellement sobre, tendu, sur le point d’exploser d’émotion contenue et de lutte avec les mots, est évidemment sans équivalent aucun. Ceux qui ne connaissent pas encore ce classique de notre temps doivent donc se précipiter.
Aujourd’hui, c’est un best-seller mondial. Aux Etats-Unis, l’année dernière, une nouvelle traduction, faite par Marion Wiesel, sa femme, à partir du texte original en yiddish, est restée de nombreuses semaines en tête des ventes. Après le passage de l’auteur dans la célèbre émission télévisée d’Oprah Winfrey, plus d’un million d’exemplaires se sont arrachés. Ce n’est pas fréquent. Le livre parle, visiblement, à des jeunes gens, pas forcément pieux ni juifs, dont les parents étaient à peine nés au moment de sa parution.
Quand le négationnisme est à marée montante, c’est un antidote utile. Car cette œuvre dit – avec d’autres, cette fois – qu’un crime sans mesure a eu lieu, qu’on croyait impossible. Peu importe, ici, les débats interminables opposant témoins et archives, excès de silence et excès de paroles, tenants de l’irreprésentable et chercheurs d’images cachées. A côté de ces querelles, il faut avant tout rappeler cette évidence insupportable : l’impossible ayant eu lieu, personne ne peut être assuré qu’il ait pris fin, nul ne peut être certain qu’il ne recommencera pas. Jean Cayrol le disait, à la fin de Nuit et brouillard :  Il y a nous (…) qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. 

 

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