Arguments


Didier Franck

Chair et corps

Sur la phénoménologie de Husserl


1981
Collection Arguments , 200 pages
ISBN : 2.7073.0586.0
22.00 €


 Que savons-nous de la chair quand nous ignorons si un savoir, jamais, en pourra prendre mesure ? Par le détour d’une interprétation de la phénoménologie de Husserl, préalable juridique de la philosophie moderne, il s’agit d’établir la nécessité historique et systématique d’une analytique de l’incarnation, d’en indiquer les charges.
L’expérience d’autrui est, dans l’ensemble de l’analyse constitutive, la région problématique la plus apte à faire ressortir l’importance de la chair et du corps. Les difficultés qu’y rencontre Husserl tirent leur origine du fait qu’une chair, ma chair, ne peut être donnée hors d’un accouplement avec une chair autre par lequel elle s’incorpore dans un espace homogène. Comme le donné intuitif. source de toute connaissance, doit être, Husserl le répète inlassablement, un donné incarné, c’est la phénoménologie dans son entier qui est préoccupée par la relation charnelle, jusque et y compris ce qu’elle tient pour son absolu : la temporalité.
La chair, propre et impropre, donne le temps. Elle n’en dérive donc pas, ce qui perturbe la critique de l’intentionnalité par laquelle Heidegger déplace le privilège de la conscience pour poser la question de l’être et préparer le passage de la philosophie à la pensée. L’analyse de la chair – cela même qui pense chez les hommes, selon Parménide – ne pourrait-elle ainsi contribuer à penser ce qu’est penser ? 
Didier Franck

‑‑‑‑‑ Table des matières ‑‑‑‑‑

I. Auto-donation et donation incarnée – II. La science comme égologie – III. Chair et corps dans la perception – IV. L’analyse constitutive – V. Réduction éidétique et archi-facticité – VI. L’idéalisme phénoménologique – VII. L’objection de solipsisme – VIII. Chair et nature propre – IX. Chair, ego, psyché – X. L’altération du propre – XI L’incarnation d’un autre corps – XII. Accouplement et ressemblance – XIII. L’ici et le – XIV. La dynamique du transfert aperceptif – XV. La caresse et le choc – XVI. Le problème du temps – XVII. La chair et le temps.

Jean-Louis Chrétien (Le Monde, 18 janvier 1982)

Vers une pensée de la chair

 Le lecteur français cet souvent plus familier des pensées issues de Husserl que de l’œuvre même du fondateur de la phénoménologie. Le livre dense a rigoureux de Didier Franck permet de s’expliquer avec celle-ci à partir de la question, omniprésente et méconnue, de la chair.
Suivant l’axe de la cinquième “ méditations cartésiennes ”, il prend en vue l’ensemble de l’œuvre publiée. Mais, et c’est là sa richesse, il fait plus et mieux que combler une lacune dans les “études husserliennes” : il ouvre à la pensée l’espace d’une question, par une recherche qui éprouve les limites de la phénoménologie. Cette épreuve n’est possible qu’à épouser, au plus près et au plus vif, son mouvement propre. S’agissant de la chair, de l’autre moi et du temps, Didier Franck montre que “ ce qui met en mouvement la phénoménologie demeure hors de sa prise ”, et qu’elle doit peut-être payer son respect unique de l’altérité du “ prix de son projet instaurateur même ”.
La chair n’est pas le corps, le corps donné dans l’espace objectif, le corps objet des sciences de la nature. La limite, de mon corps est sa surface, tandis que ma chair, toujours en excès d’elle-même, est coextensive au monde : son regard va jusqu’aux étoiles. La limite ne peut lui venir que d’une autre chair, et cette autre chair est “ une composante du sens de la mienne propre ”. Ma chair finit là où elle commence, à l’autre, dans un contact, une contingence, une caresse, dont D. Franck donne d’admirables analyses.
Cette chair, qui n’est ni objet ni sujet, est à l’origine de toute objectivité, identique pour Husserl à l’inter-subjectivité. Comment l’est-elle ? Comment penser la “ relation charnelle ” en deçà de la relation des corps ? Quel est le statut, à cet égard, de la différence sexuelle ? Comment penser l’espace charnel ? Comment la chair donne-t-elle le temps ? Telles sont quelques-unes des questions de ce livre important.
“ Ce que peut le corps, écrivait Spinoza, personne jusqu’à présent ne l’a déterminé. ” Cette question est encore nôtre, et Didier Franck nous invite à la poser dans toute son exigence. 

 

Du même auteur

Livres numériques

Voir aussi

Traduction :
* Eugen Fink, De la phénoménologie. Avant-propos d’Edmund Husserl. Traduit de l’allemand et présenté par Didier Franck (Minuit, 1975).
* Edmund Husserl, "L’arche-originaire Terre ne se meut pas", dans La Terre ne se meut pas. Traduit de l’allemand et préfacé par Didier Franck.




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